Rembourser la méditation de pleine conscience ?

 Méditation de pleine conscience, mais que fait la Sécu ?

 

Art Libération du 29 juillet 2019 
Au moment où Agnès Buzyn décidait de ne plus rembourser l’homéopathie, le ministère de la Santé vantait les mérites de «la pleine conscience».

C’est le Canard enchaîné qui, le premier, a évoqué un colloque qui s’est tenu récemment au ministère de la Santé, sous la présidence du professeur Jérôme Salomon, directeur général de la santé, sur le thème :«Pleine conscience : lever les doutes, ouvrir les perspectives».

Loin de nous l’idée de critiquer cette sage méditation dite de «pleine conscience» et son corollaire, le MBSR (réduction du stress par la pleine conscience). Pour la petite histoire et pour ceux qui en doutent, la pleine conscience, ce n’est pas n’importe quoi. C’est du sérieux. «Implantée aux Etats-Unis depuis plus de trente ans dans les domaines médicaux grâce au programme créé par Jon Kabat-Zinn, la méditation pleine conscience est en France une pratique reconnue et enseignée par des professionnels», expliquent ses promoteurs. Le but ? «S’entraîner à être et à rester présent quelle que soit la situation (agréable, désagréable) avec tous les phénomènes mentaux et corporels qui surgissent alors, afin de réduire les états de mal-être avec soi-même et les autres et de devenir un être conscient et éveillé dans sa vie.»

«Réel engouement»

 

Bref, la maîtrise de soi et de ses émotions, qui pourrait ne pas y souscrire ? En tout cas, le directeur général de la santé, en ouverture de ce colloque, n’a pas manqué de saluer l’événement. «C’est un grand honneur pour moi», a commencé par dire ce très sérieux professeur de santé publique. «Le nombre de publications en ce domaine en moins de vingt ans a explosé. Aujourd’hui près de 3 millions d’utilisateurs, et 13 millions de séances ont été écoutés. Il y a un réel engouement.» Puis, notant que cette pratique agit «sur le renforcement des mécanismes cognitifs, pour maintenir un bien-être subjectif», le directeur de la santé s’est félicité de ce succès car cela rejoint «le virage vers la prévention portée par le gouvernement… C’est une ambition forte du président de la République», a-t-il même évoqué. Enfin pour les sceptiques, il a précisé que cette pratique donnait des résultats très positifs «sur l’attention, sur les symptômes dépressifs, leur prévention»,mais aussi «sur la diminution de la pression artérielle», et même «sur la gestion de la douleur». Comment donc y résister, d’autant que l’air de rien cela permet d’économiser le coût éventuel d’un recours aux médicaments.

Examen de passage

En réécoutant ce discours dithyrambique, on notait qu’au même moment le ministère de la Santé s’apprêtait à dérembourser les médicaments homéopathiques pour des raisons inversées : manque d’évaluations, manque de service médical rendu, etc. Pourquoi l’une et pas l’autre ? Si ces deux pratiques ont le point commun de ne pas faire de mal, on peut se demander si la pleine conscience aurait réussi l’examen de passage de la Haute Autorité de santé, celle-ci ayant pour charge d’étudier «scientifiquement» la réelle efficacité desdites pratiques.

La méditation de pleine conscience n’est pas remboursée par l’assurance maladie, et donc la question ne se pose pas. Mais imaginons un instant… Vu les bénéfices qu’évoque le professeur Jérôme Salomon, on se dit quelle injustice que cette méditation ne soit pas prise en charge par la collectivité. Surtout quand on note  que peu après, dans ce colloque, est intervenu Dominique Steiler, titulaire de la chaire «paix économique, Mindfulness et bien-être au travail» de l’école de management de Grenoble. Non seulement cela vous apporte la paix intérieure mais aussi la paix… économique. Que demander de plus?

Eric Favereau

 

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Mindfulness : Méditation de pleine conscience par Sylvie Chabas