Au moment où Agnès Buzyn décide de ne plus rembourser l’homéopatie, le ministère de la Santé vante les mérites de » la PleineConscience »
C’est le Canard enchaîné qui, le premier, a évoqué un colloque qui s’est tenu récemment au ministère de la Santé, sous la présidence du professeur Jérôme Salomon, directeur général de la santé, sur le thème :«Pleine conscience : lever les doutes, ouvrir les perspectives».
Loin de nous l’idée de critiquer cette sage méditation dite de «pleine conscience» et son corollaire, le MBSR (réduction du stress par la pleine conscience). Pour la petite histoire et pour ceux qui en doutent, la pleine conscience, ce n’est pas n’importe quoi. C’est du sérieux. «Implantée aux Etats-Unis depuis plus de trente ans dans les domaines médicaux grâce au programme créé par Jon Kabat-Zinn, la méditation pleine conscience est en France une pratique reconnue et enseignée par des professionnels», expliquent ses promoteurs. Le but ? «S’entraîner à être et à rester présent quelle que soit la situation (agréable, désagréable) avec tous les phénomènes mentaux et corporels qui surgissent alors, afin de réduire les états de mal-être avec soi-même et les autres et de devenir un être conscient et éveillé dans sa vie.»
Réel engouement
Bref, la maîtrise de soi et de ses émotions, qui pourrait ne pas y souscrire ? En tout cas, le directeur général de la santé, en ouverture de ce colloque, n’a pas manqué de saluer l’événement. «C’est un grand honneur pour moi», a commencé par dire ce très sérieux professeur de santé publique. «Le nombre de publications en ce domaine en moins de vingt ans a explosé. Aujourd’hui près de 3 millions d’utilisateurs, et 13 millions de séances ont été écoutés. Il y a un réel engouement.» Puis, notant que cette pratique agit «sur le renforcement des mécanismes cognitifs, pour maintenir un bien-être subjectif», le directeur de la santé s’est félicité de ce succès car cela rejoint «le virage vers la prévention portée par le gouvernement… C’est une ambition forte du président de la République», a-t-il même évoqué. Enfin pour les sceptiques, il a précisé que cette pratique donnait des résultats très positifs «sur l’attention, sur les symptômes dépressifs, leur prévention»,mais aussi «sur la diminution de la pression artérielle», et même «sur la gestion de la douleur». Comment donc y résister, d’autant que l’air de rien cela permet d’économiser le coût éventuel d’un recours aux médicaments.
Examen de passage
En réécoutant ce discours dithyrambique, on notait qu’au même moment le ministère de la Santé s’apprêtait à dérembourser les médicaments homéopathiques pour des raisons inversées : manque d’évaluations, manque de service médical rendu, etc. Pourquoi l’une et pas l’autre ? Si ces deux pratiques ont le point commun de ne pas faire de mal, on peut se demander si la pleine conscience aurait réussi l’examen de passage de la Haute Autorité de santé, celle-ci ayant pour charge d’étudier «scientifiquement» la réelle efficacité desdites pratiques.
La méditation de pleine conscience n’est pas remboursée par l’assurance maladie, et donc la question ne se pose pas. Mais imaginons un instant… Vu les bénéfices qu’évoque le professeur Jérôme Salomon, on se dit quelle injustice que cette méditation ne soit pas prise en charge par la collectivité. Surtout quand on note que peu après, dans ce colloque, est intervenu Dominique Steiler, titulaire de la chaire «paix économique, Mindfulness et bien-être au travail» de l’école de management de Grenoble. Non seulement cela vous apporte la paix intérieure mais aussi la paix… économique. Que demander de plus?
Libération- Eric Favereau- 29 juillet 2019
Yasmine Liénard : « La méditation m’a appris que le mal-être ne se guérit pas avec la tête mais avec le corps »
En concentrant mon attention sur mon souffle et mon corps comme la pleine conscience m’y invitait, j’ai ressenti des bienfaits sur mon état de stress et mes relations professionnelles ou personnelles. Ce fut pour moi un choc, un réveil à ma vraie nature, à quelque chose que je connaissais déjà mais que j’avais enfoui au nom de mes diktats personnels de réussite, de performance, et qui créaient cette souffrance que je ne pouvais nommer.
Croyants ou pas, ils sont nombreux à consacrer chaque jour un temps à la méditation. Effet de mode ou vague de fond ? Chaque semaine, l’un de ces aventuriers de l’intime nous raconte pourquoi il médite. Troisième volet de notre série : l’escrimeuse Cécilia Berder, championne du monde de sabre par équipes aux Mondiaux 2018.
J’ai commencé à méditer il y a une vingtaine d’années, par besoin de solitude et de silence. Je viens d’une extraction sociale très modeste où la confrontation était la règle, on ne m’aurait jamais parlé de yoga ou de méditation. J’ai d’abord fait des démarches vers la prière, mais je n’étais pas convaincu du fait que ce besoin de silence relevât d’une spiritualité religieuse. C’est en me rendant en Asie que j’ai découvert la méditation et le bouddhisme zen, que j’ai essentiellement appris par mimétisme auprès de moines.


