La méditation peut-elle contribuer au «bien vieillir» ? – Le Figaro 23/09/16

mbsr-pleine-conscience-mindfulnessLa méditation serait associée à une amélioration des capacités cognitives, principalement l’attention et les fonctions exécutives, mais aussi la mémoire, qui sont les fonctions les plus sensibles à l’âge.

AVIS D’EXPERT – Un entraînement mental à la régulation du stress et des émotions permettrait d’améliorer la santé mentale des seniors, soutient Gaël Chételat, directrice de recherche Inserm.

La question du bien vieillir occupe une place grandissante dans notre société. Ainsi, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans en Europe devrait passer de 86 millions (18 % de la population) en 2005 à environ 120 millions (24 %) en 2040. Comme l’incidence des problèmes de santé augmente avec l’âge, cette croissance du nombre de seniors représente un enjeu social et économique majeur pour les sociétés européennes. Par exemple, plus de 50 % des personnes âgées ont des problèmes de sommeil, 10 à 15 % sont atteintes de dépression, et 7 à 10 % développent une démence (Jané-Llopis and Gabilondo, 2008).

Ces problèmes de santé sont accentués par le stress et les émotions négatives. De plus, ces facteurs ont tendance à s’amplifier et sont tous associés à un risque plus important de développer un déclin cognitif et/ou une maladie d’Alzheimer. Par exemple, il a été montré que les symptômes dépressifs augmentent le risque de démence d’environ 20 %, que les troubles du sommeil pourraient favoriser les dépôts amyloïdes que l’on retrouve dans le cerveau des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer et que le stress aurait un effet négatif sur l’hippocampe, une structure cérébrale importante pour la mémoire et vulnérable dans le vieillissement et la maladie d’Alzheimer.

Des bienfaits de la méditation

Nous pensons qu’un entraînement mental à la régulation du stress et des émotions par la méditation permettrait d’améliorer le bien-être et la santé mentale des seniors et de diminuer les risques de maladie d’Alzheimer. Les recherches dans ce domaine sont encore récentes mais les premiers résultats sont encourageants. Ainsi, la méditation serait associée à une réduction du stress, de l’anxiété, de la dépression, de l’insomnie, du sentiment de solitude et d’exclusion sociale, et des risques cardio-vasculaires. Des études ont également souligné que la méditation serait associée à une amélioration des capacités cognitives, principalement l’attention et les fonctions exécutives, mais aussi la mémoire, qui sont les fonctions les plus sensibles à l’âge et les plus fréquemment atteintes dans la maladie d’Alzheimer.

De plus, l’imagerie cérébrale a démontré que la méditation est associée à des modifications non seulement pendant la pratique, mais aussi à plus long terme – et particulièrement dans des régions qui sont sensibles au vieillissement. Enfin, des études récentes ont rapporté que la méditation pourrait augmenter l’activité des télomérases qui protègent les extrémités de nos chromosomes des effets délétères du vieillissement. Il s’agit néanmoins d’un sujet de recherche encore très nouveau, peu exploré, et ces premiers résultats nécessitent d’être confirmés, renforcés et précisés.

Méditation ou apprentissage d’une langue

C’est dans ce contexte que nous avons lancé en janvier 2016 un programme de recherche nommé «Silver Santé Study», visant à évaluer l’impact de la méditation, mais aussi de l’apprentissage d’une langue étrangère, sur le bien-être et la santé mentale des seniors. Il permettra également d’étudier les mécanismes d’action par lesquels la méditation pourrait agir. Piloté par l’Inserm, ce projet réunit 10 équipes européennes dans 6 pays différents et rassemble des scientifiques experts des neurosciences de la méditation, des facteurs de vie associés au bien vieillir, des émotions, de la neuro-imagerie de la mémoire et des fonctions exécutives, des facteurs de risque psychologiques du déclin cognitif lié à l’âge et des biomarqueurs en imagerie du vieillissement et de la maladie d’Alzheimer.

Dans le cadre de ce projet, nous allons inclure 126 personnes âgées de plus de 65 ans et ne présentant pas de déficits cognitifs. Les participants seront suivis pendant 18 mois au cours desquels un tiers suivront un entraînement mental à la méditation, un tiers apprendront l’anglais et un tiers n’auront aucune intervention (la répartition dans ces trois groupes se faisant au hasard). Une série d’examens réalisés au début de l’étude et après les 18 mois de suivi permettra d’évaluer et de comparer les effets des deux interventions. De plus, les mêmes examens seront proposés à un groupe de méditants experts ayant plus de 10.000 heures d’exercice, dans l’objectif d’estimer les effets d’une pratique à plus long terme, mais aussi de déterminer une «signature neuronale» pour deux types de technique méditative: pleine conscience et bienveillance.

Voir l’article complet paru sur Le Figaro 26/09/2016 par G.Chételat

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